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La petite histoire du presbytère

Dernière mise à jour : 22 mars


Le presbytère est l’endroit où habite le curé d’une paroisse, cette habitation est souvent située à proximité immédiate de l’église paroissiale.


A Lalobbe, il était dans l’actuelle rue de l’Eglise, en face des marches de la petite porte de l’Eglise.




 

Quelques précisions historiques


En 1789, le gouvernement, en pleine crise financière, nationalise, sur proposition de l’évêque d’Autun Talleyrand, les biens très importants du clergé. Les biens de l’Église sont confisqués et déclarés propriété de l’État qui en contrepartie s’engage à financer le culte et entretenir les prêtres.

 

Les presbytères, le mobilier des églises, les églises même parfois, sont ainsi progressivement vendus comme " biens nationaux " afin de renflouer le budget de l’état. Le presbytère de Lalobbe n’échappe pas à cette mesure.

 

Il faut attendre le concordat de 1801, entre Bonaparte et le pape Pie VII pour que tout rentre dans l’ordre " … le gouvernement de la république française reconnaît que la religion catholique apostolique et romaine est la religion de la grande majorité des Français….".

Les lieux de culte catholique sont ainsi réouverts, les prêtres ayant signé un serment de fidélité au gouvernement sont nommés dans les paroisses. L’état doit toujours rémunérer les prêtres et leur fournir un logement.


En 1905 la loi de séparation des Églises et de l’État est promulguée et les prêtres ne sont plus rémunérés par l’état :  Extrait de l’article 2 

"La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. En conséquence, à partir du 1er janvier qui suivra la promulgation de la présente loi, seront supprimées des budgets de l'Etat, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l'exercice des cultes."

 

Tous les presbytères construits avant cette date sont confisqués par l’État et sont à la charge des communes tant qu’un ou plusieurs prêtres en ont l’usage. Les paroisses (donc le clergé) payent les charges de fonctionnement et l’entretien courant mais ne financent pas les travaux de restauration qui incombent aux mairies.


 

Le "vieux" presbytère sous l'Ancien Régime


On ignore la date de sa construction mais on sait qu’en 1694, il existait déjà et avait échappé à un incendie. Deux documents en témoignent.

 

Une note en bas d’un registre paroissial, le texte n’est pas totalement lisible mais l’essentiel y est :

La nuit d’entre le 20e et 21e janvier 1694 le feu prit à la maison de Jean Le Tellier environ minuit. Laquelle fut entierement bruslée et consumée avec quantité de grain et [ illisible ]. Et on estime la perte à 4000 lt L’esglise fut en grande risque d’estre brusler avec la maison presbiterale. Et sans le bon secours des bourgeois tout Lalobbe auroit esté brusler jusqu’à la rue de Signy.

Un extrait de la chronique de Pierre Marandel confirme cet incendie de 1694 et l'emplacement du "presbitaire" en 1723 ainsi que la construction du pont au dessus du ruisseau de St Nicolas.


NB : Monsieur Canot était alors le seigneur de Lalobbe et possédait le Château


Le pont sur le ruisseau vers 1910
Le pont sur le ruisseau vers 1910

En 1747, le presbytère a besoin de réparations, elles se feront au frais de la paroisse de Lalobbe, alors qu’elles étaient à la charge de la succession du curé, Mr Lepage décédé le 27 mai de la même année.

Le nouveau curé Mr Carbon s’adresse au tuteur des enfants Damart, neveux et héritiers du curé Lepage.

« J ay l'honneur de vous mander Monsieur que concurant au bien des mineurs j ay obtenu de Mr Lintendant que la reparation du presbyterre se feroit au depend des habitants, quoyque suivant l'advis des personnes au faitte,  la succession de Mr Lepage en etoit tenue »

 

Parmi les documents afférents à cette succession, on a un descriptif des meubles et biens du curé mais aucun du presbytère. Voir publication La succession du curé Lepage

 

En 1774, le curé de Lalobbe ne répond pas précisément au questionnaire sur l'état des paroisses du diocèses de Reims ; toutefois il se plaint de l'état du presbytère qui est "en mal ordre" et indique qu'il bénéficie d'un "moyen jardin contigu".

« Il ÿ a un presbitere à portée de l’eglise fort ancien et mal en ordre et un moÿen jardin contigu. »


 

La vente du "vieux" presbytère comme bien national


Le 10 nivose de l’an 5, (30 décembre 1796), le presbytère est mis en vente en tant que bien national.



« Le batiment du cidevant(*) presbytere de Lalobbe, consistant en une carcasse construite en bois sur un solement(*) de pierre, couvert d’ardoises, sans plancher ni escalier,ni portes ni fenêtres ; avec une cour en avant et un jardin contenant ensemble environ trente verges(*) ; le tout tenant du levant et du midy au C. Cornet, d’autre à la riviere, et appartenant au Domaine national en vertu de la Loi du 15 may 1791 ».


(*) ci-devant :précédemment, autrefois, jadis

(*) solement : soubassement, fondation

(*) verge : ancienne unité de mesure



Quelques mois avant la vente, une estimation de la valeur du presbytère avait été faite le premier jour complémentaire de l’an 4 (17 septembre 1796). L’habitation est dans un état pitoyable. Probablement, le presbytère avait-il subi les pillages et saccages fréquents durant les années de la révolution. Le plancher, les solives, les escaliers, les portes, les fenêtres, la cheminée ont disparu ; le torchis des murs est absent. Au vu de cet état de délabrement, l’estimation n’est que de 660 livres tournois alors que le jardin est estimé à 660 livres. Claude Antoine Baudelot, avocat à Mézières, achète le presbytère et le jardin


Extrait de l'estimation du presbytère cote Q 497 (AD08)

 

Pénurie de logement pour les curés (1796-1828)


Il n'y a donc plus de presbytère pour accueillir le curé lorsque la liberté de culte est rétablie.


Deux curés exercent à Lalobbe, en 1803, le prêtre Deliart réside dans une maison qu'il possède dans le village"La seule raison d’une propriété, qui emporte la plus grande partie de ma fortune, m’attache à cette paroisse", (extrait d'un courrier adressé à l'évêché de Metz dont dépendait la paroisse de Lalobbe) et Jean Baptiste Willemet qui vit dans la maison paternelle jusqu'à l'incendie de celle-ci en 1802.


Dans le procès verbal de visite de l'église paroissiale en 1803, la municipalité promet d'améliorer le quotidien du curé :

"Le corps municipal a dit qu'il aviseroit aux moyens de fournir à la subsistance du desservant et de lui fournir un logement convenable"


Toutefois deux ans plus tard, dans un courrier de janvier 1805 adressé à l'évêque de Metz, le curé Willemet fait remarquer :

"J'ai fourni a l'église le pain, le vin, les linges sans que la commune y contribue en rien, pas meme pour l'indemnité de mon logement qu'on m' avoit promis et que je ne peux obtenir malgré une petition que j'ai presenté à la sous préfecture"


Fin1805, il perçoit enfin une indemnité de logement :

"Je vous observe donc que depuis les habitants de Lalobbe ont fait des efforts [...] et m'ont attribué une somme pour indemnité de logement"


Dans l'enquête de 1807 réalisée par l'évêché de Metz, le curé Willemet déplore une situation qui perdure :"point de presbitere qui a été vendu à demolition, point de jardin. La maison que j'habite m'appartient et point de local pour en construire ; il seroit meme impossible de trouver une maison pour servir de presbitere". Après l'incendie de sa maison paternelle en 1802, on ignore où vit le curé Willemet peut-être dans la maison de son frère où il décèdera en 1838.


Le presbytère qui était en ruine au moment de la révolution française a été vraisemblablement démoli, comme on pourra le constater dans ce qui suit.


 

"Le Renouveau" du presbytère


En 1822, la veuve et la fille du sieur Baudelot, (l'acquéreur du bien national), vendent leur maisons et terrain situés en partie sur l'emplacement du "vieux" presbytère.

Mr Guillaume François Durand de Prémorel, chevalier de l'ordre Royal militaire de Saint Louis, garde général des eaux & forêts et son épouse Joséphine Françoise Henriette de Régnier les achètent pour 2 250 francs

Extrait de la vente Me Cailteaux cote 3E35 90 (AD08)



Le 28 février 1829, les époux Prémorel vendent leur précédente acquisition pour 3984 francs à la commune de Lalobbe qui avait été autorisée par une ordonnance royale délivrée le 28 janvier 1829 à faire cet achat pour y établir le presbytère et à financer l'opération par une imposition extraordinaire d'une durée de six ans à compter de l'année 1830.


Deux experts, un géomètre arpenteur et un charpentier dressent un plan, donnent une description des biens vendus et en font l'estimation.



A consulter ci-dessous pour plus de précisions

Descriptif et estimation des biens extrait de la vente Me Cailteaux cote 3E35 96 (AD08)


A noter que les anciennes cabanes à cochon et le poulailler ont été transformés en remise pour les pompes incendie de la commune.
A noter que les anciennes cabanes à cochon et le poulailler ont été transformés en remise pour les pompes incendie de la commune.

Durant près d'un siècle, les curés de Lalobbe retrouvent enfin leur maison presbytérale et y résident successivement jusqu'après la première guerre mondiale.


Voici ce qu'on peut lire en 1886 dans la nécrologie d'un des curés, l'abbé Laurent qui exerça à Lalobbe de 1834 à 1868 :


La commune consacre une petite partie de son budget à l'entretien courant du presbytère et réalise de temps à autres, quelques grosses réparations comme en 1869 pour 760 frs financés par une participation de la Fabrique, une subvention et une imposition extraordinaire (encore une !!!), en 1879 pour 1024 frs et en 1890 pour 344 frs.


La photo ci-dessous a été prise dans le jardin du presbytère vers 1905, ma grand mère Germaine Lemoine est la première à gauche (avec un noeud dans les cheveux), la fillette assise au milieu de la photo serait Madeleine Barlat, la mère de Jean Danton (sous toute réserve), les deux autres fillettes assises semblent êtres des soeurs (même coiffure, même robe). Les fillettes jouent au domino sous la surveillance de Melle Brion, la bonne du curé. A cette époque les enfants fréquentaient le "patronage". (Œuvre qui donnait une formation morale aux enfants et organisait leurs loisirs en leur proposant des activités éducatives distrayantes.

 

La commune se sépare de son presbytère


Faute de pouvoir financer les réparations nécessaires à la remise en état du bâtiment qui est alors désaffecté depuis plusieurs années, la commune le vend par adjudication publique le 20 septembre 1925 avec une mise à prix de 3500 frs ; Louis Célestin Cacheur, tailleur d'habits de Charleville remporte l'enchère qui se monte à 7350 frs.


Quelques mois plus tard, Louis Célestin Cacheur et son épouse Louise Rose Fossier, revendent, pour seulement 5 000 frs, le presbytère à Léon Jacob, mécanicien à la compagnie des chemins de fer départementaux (le "petit train") et à son épouse Zilda Coillot ; le couple finance l'opération par un prêt que leur consent Auguste Peltier-Marandel de Rogiville.

(6000 frs sous forme d'obligation au taux de 8% l'an, remboursable au plus tard le 30 décembre 1931 garantie par l'hypothèque des biens de Léon et Zilda Jacob, terres, prés et maisons) .


On ne peut pas dire que Mr&Me Cacheur-Fossier firent l'affaire du siècle puisqu'ils revendirent 5000 frs, un bien acheté 7350 frs !


La description de l'habitation est ainsi rédigée :

Désignation Une maison d'habitation, construite en bois et torchis, couverte en ardoise, ancien presbytère, comprenant : Au rez de chaussée : un corridor au milieu ; à gauche une cuisine avec escalier pour communiquer à une grande chambre ; à droite : escalier pour l'étage, deux chambres avec sortie sur un passage allant au jardin. A l'étage : un palier, deux chambres mansardées à gauche ; à droite : greniers Caves, remise à pompe au dessus Jardin d'environ vingt ares avec petit pavillon, baraques à lapins, cabinet d'aisances. Le tout sis à Lalobbe, place de l'Eglise, tient du nord le chemin, du midi la rivière et Jules Charles, du couchant Arsène Magotteaux et Danton.
Nota : Il est observé qu'il existe sur cette maison, une statue de la Vierge qui est reservée par la commune de Lalobbe .
Statue qui se trouvait dans le jardin du presbytère
Statue qui se trouvait dans le jardin du presbytère

Suite au décès du couple Jacob-Coillot, le partage des biens a lieu entre les héritiers ; la maison est divisée en deux parties, attribuées à deux des enfants du couple avec droit de passage dans le couloir de la maison pour accéder pour jardin.


Plus tard, Adèle Marie Denise Lambot,(*) l'épouse de Julien Arsène Pierret vécut dans ce qui fut l'ancien presbytère de Lalobbe.

(*) Pour ceux qui les connaissent, elle était la grand-mère paternelle de Jean, Violette, Claude et Martine Pierret.


Aujourd'hui, c'est la propriété de néerlandais, Anton et Karine, très impliqués dans la vie du village.


 

Le nouveau presbytère


L'ancien presbytère est délaissé depuis plusieurs années (sur le recensement de 1921, il est déclaré vacant) pour une maison située à l'entrée de la rue du Haut.

Marie Cécile Bordes de Sedan fait donation le 14 mars 1927, à l'Association Diocésaine de Reims, de cette propriété qu'elle possède à Lalobbe, sous réserve que l'habitation serve à un usage cultuel. Cette maison devient donc le nouveau presbytère. Le dernier curé de Lalobbe, l'abbé Henri Gilbert y résidera jusqu'à son décès le 1er mai 1959. Pâquerette Louis, ma mère, se souvient encore des projections de films que l'abbé Gilbert et le séminariste Henri Davesne y organisaient pour les enfants de Lalobbe.


Aujourd'hui en 2025, plus aucun prêtre n'est affecté à la paroisse de Lalobbe qui dépend maintenant de la Paroisse "Saint Claude sur Vaux et Thin", laquelle regroupe seize villages (Clavy-Warby, Dommery, Doumely-Bégny, Grandchamp, Justine-Herbigny, Herbigny, Lalobbe, Neufmaison, La Neuville-lès-Wasigny, Saint-Marcel, Giraumont, Sery, Signy-l’Abbaye, Librecy, Thin-le-Moutier et Wasigny).


Après le décès de l'abbé Gilbert, Henri Henrotin, un ancien légionnaire, neveu de l'abbé Gilbert vécut dans cette maison jusqu'en 1963, puis la famille Sciou et aujourd'hui en 2025, Madame Isabelle Camus y réside.


 

NB : Les textes sur fond blanc sont tirés des "Additions de Pierre Marandel à la chronique de Jean Taté " en ligne sur (Gallica Bnf en ligne)


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