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Les marguilliers de la Fabrique de Lalobbe

catherinepaulus

Dernière mise à jour : 22 mars


La fabrique (ou "général" ou "fabrique d'église"), était une assemblée de clercs et laïcs qui assurait la gestion de la paroisse. Elle était constituée du curé, du syndic de la paroisse (équivalent du maire), des principaux notables du village et d'anciens marguilliers(*). C’était la seule assemblée représentative des paroissiens.

(*) Marguillier : Voir ci-dessous


A l'issue de la messe, le dimanche, les habitants se réunissaient en assemblée formant ainsi le « général » de la paroisse, pour discuter de toutes les questions matérielles, régler les intérêts collectifs et ceux des biens communaux. Le « général » se réunissait le plus souvent sous le porche de l'église, le "chapitreau", mais aussi parfois dans la sacristie ou dans l'église.


A la tête de la fabrique, le conseil (ou bureau) de fabrique était composé du curé et des marguilliers ou fabriciens, élus ou nommés par le "général".


Les marguilliers étaient chargés de la gestion de tous les biens matériels de la paroisse, (recettes et dépenses) mais aussi de pourvoir à l'entretien de l'église. Ce n’était pas un métier mais une fonction. Ils étaient en général au nombre de trois, le marguillier en charge (comptable)  chargé d’administrer les biens de la paroisse, le marguillier des trépassés  spécialement chargé de la gestion des messes des défunts et de l’autorisation d’enterrement dans l’église et le marguillier du Saint-Rosaire, chargé d’administrer les biens relatifs à la confrérie du Saint Rosaire. Ils devaient rendre leur compte auprès des autorités ecclésiastiques (archevêque, évêque, archidiacre).



Quelques extraits du règlement régissant les fabriques du diocèse de Reims en 1785

Pour consulter la totalité du règlement, voir en ligne Gallica BNF

 

Les Marguilliers de Lalobbe


En 1686, les trois marguilliers de Lalobbe sont Nicolas Marandel, Jean Bouillart, marguillier des Trépassés(*) et Jean Letellier, marguillier du Rosaire(*). Ils signent l'inventaire des ornements de l'Eglise.

(*) Indications données en 1687 dans "Les additions de Pierre Marandel à la chronique de Jean Taté"


Laquelle déclaration du fond et meuble de leglize St Lambert de Lalobbe a este fait par frere Anthoine prieur curé de Lalobbe et Nicolas Marandelle, Jean Bouillart et Jean Lettellier custode(*) et Marguillier de ladicte fabrique ce Jourdhuy premier juin mil six cent quatre vingt six et lavons signe et ateste veritable F Ant. Foullon N Marandel JBouillar Curé de Lalobbe./. JLetellier


(*) Custode : Personne chargée du soin des ornements de l'Eglise, (vient du latin custodire, garder conserver). Peut également signifier : petite boîte ronde en métal précieux, utilisé par les prêtres pour transporter quelques hosties consacrées, en vue de distribuer la communion en dehors de l'église (communion aux malades).



Ils réalisaient également l'inventaire des biens et revenus de la fabrique :

Inventaire des biens et revenus de la fabrique en 1686 (cote G267 AD51)


La nomination des marguilliers ne se faisait pas toujours sereinement comme en 1739-1740, lorsqu'un scandale éclate dans l'église et des injures sont proférées envers le curé.

Extrait de l'inventaire sommaire des archives des Ardennes série B


Le marguillier pouvait également intervenir sur sollicitation d'un tiers :


Ainsi en 1747, Mr Damart tuteur des héritiers du curé Lepage fait appel au marguillier Godart et lui demande de régler au nouveau curé Carbon les honoraires dont il s'était acquitté auprès de la Fabrique pour le service funèbre célébré lors de l'inhumation de Mr Lepage.

....de prier Mr Godard marguillier de payer à mr Carbon vingt francs dûs par la fabrique pour les obits(*) acquités

(*) Honoraires versés aux prêtres pour la célébration d'un service funèbre


Pour régler ces dépenses, la Fabrique pouvait compter sur diverses rentrées d’argent : produits des quêtes, casuel (messes, mariages, baptêmes, enterrements) locations des chaises et des bancs, éventuels revenus des terres ou d’immeubles (baux), legs, dons....


Voici quelques un des baux passés par la Fabrique de Lalobbe :


  • Le 23 décembre 1729, les marguilliers de l'Eglise et de la Fabrique de Lalobbe, (Pierre Marandel, marguillier en chef et Pierre Druart) passent, avec le consentement du curé Lepage, un bail de 99 années avec François Cornet, manouvrier de la Besace, pour un jardin situé à la Besace. Le loyer est de trois livres payables à Noël, le premier versement devra se faire à Noël 1730.

Bail du 23 décembre 1729 Me Destrée, notaire à Signy (cote 3E22 78 AD08)


  • En l'étude de Me Watellier, notaire à Wasigny, un nouveau bail de 9 années est conclu par adjudication le 9 mars 1777. (vu dans le répertoire du notaire mais minutes inexistantes).


  • En 1782, le curé et les marguilliers concluent un bail de trois ans avec Pierre Lottigneaux et d'autres pour une partie des biens appartenant à la fabrique. (vu dans le répertoire du notaire, minutes absentes)


  • 1785, Jacques Deligny, marguillier en charge, Charles Laubry, cordonnier, marguillier en second, Nicolas Peltier, laboureur, troisième marguillier et Pierre Ponce Vaalet le curé du village signent avec , un bail de neuf années des biens de la Fabrique. La redevance annuelle s'élevait à 310 livres tournois et 6 sols (ou sous) due par 19 particuliers, encore fallait-il que ces derniers règlent régulièrement leur loyer.


Découvrez quels étaient les biens de la fabrique en 1785 et où ils étaient situés :

Bail du 6 novembre 1785 (cote G135 AD08)


 

Des difficultés financières


En 1774, le questionnaire envoyé à tous les curés du diocèse de Reims faisait état du fonctionnement de la Fabrique et de ses difficultés financières suite à une épidémie qui avait emporté 78 personnes, la Fabrique était toujours redevable de 223 livres tournois pour la nouvelle cloche coulée en 1771 :

Extraits du questionnaire (cote G267 AD51)


Et parfois, il était impossible pour la Fabrique de faire face à certaines dépenses. comme en 1780, lors d'une visite pastorale qui constate les faibles revenus de la Fabrique. Pourtant, la Fabrique possédait quelques biens (maisons, bâtiments, jardins, terres et prés) qu'elle louait à des particuliers, mais les loyers étaient insuffisants pour faire face aux dépenses.

Extrait du procès verbal de la visite du Doyen de Rethel en 1780 ( cote G267 AD51)


 

La Fabrique et la période révolutionnaire puis napoléonienne


Parmi les dépenses de la fabrique de Lalobbe, on relève les dépenses faites par le conseil de fabrique lors de la fuite du roi à Varennes en 1791

Article paru dans le bulletin archéologique historique et folklorique n°15




Pour garantir la paix religieuse et en contrôler la pratique, Napoléon Bonaparte signe, le 15 juillet 1801, un Concordat qui organise les relations sur la base d'une entente négociée avec les plus hauts dignitaires de religions reconnues. Les cultes catholique et protestant sont reconnus (le culte israélite le sera en 1808), ils sont considérés comme services publics et gérés, au niveau national, par l'administration des Cultes qui devient ministère à part entière en 1804. A l'échelon local, ce sont les services préfectoraux qui assurent la tutelle de l'Etat sur les cultes.


Après le rétablissement de la liberté de culte, les revenus des églises et donc des fabriques sont quasiment inexistants. En 1803, le curé Grimon, doyen du canton de Novion-Porcien adresse à l'archevêque de Metz, un courrier l'informant des difficultés des paroisses du canton.

Courrier du curé Grimon (cote29J 364 AD 54)


Après les bouleversements intervenus dans l’organisation religieuse au cours de la période révolutionnaire, un décret en 1809 organisa le fonctionnement des fabriques dans chaque paroisse. Le conseil de fabrique comprenait alors le curé, le maire et cinq à neuf membres élus et ce jusqu'en 1905. Les comptes de la fabrique étaient supervisés par l’évêque et le préfet.


Au vu d'un nouveau questionnaire envoyé par l'Evêché de Metz dont dépendait la paroisse de Lalobbe en 1807, on constate l'extrême pauvreté de la fabrique. Voici un extrait des réponses du curé Jean Baptiste Willemet :

Extraits du questionnaire de 1807 (cote 29J 370 AD 54)


 

Les dernières années de la Fabrique de Lalobbe


En 1879, la fabrique de Lalobbe vendit un de ses biens, 30 ares de terres situées à la Besace, lieu-dit le Faubourg, à Isidore Bompart-Métillon pour cinq cent francs. Pierre Frédéric Colas, maçon demeurant à Lalobbe est chargé de la vente en tant que trésorier de la Fabrique. La vente a lieu aux enchères en la maison de Mr Joly, aubergiste. Pierre Frédéric Colas était l'arrière-arrière grand père de notre maire Daniel Colas.


Extrait de la vente Me Cailteaux notaire à Wasigny (cote 3E35 217 AD 08)




Le 4 novembre 1905, Me Bosquet, notaire à Wasigny met en vente par adjudication, une coupe de bois appartenant à la fabrique de Lalobbe, représentée par son trésorier, Ernest Barlat-Legros.



La coupe est située au lieudit le calvaire de Norguémont, elle est constituée d'un charme, six ormes, onze bouleaux, un frêne, un platane, un cerisier, six perches abandonnées et le taillis. L'adjudication est remportée par Léon Posé, facteur de bois à la Besace, pour la somme de 120 francs.



Extraits de l'acte de vente,Me Bosquet, notaire à Wasigny (cote 3E35 304 AD 08)



Par la loi de séparation des Églises et de l'État en 1905, les fabriques furent supprimées, sauf en Alsace et Moselle où elles subsistent toujours.


En 1909, les biens de la fabrique de Lalobbe, principalement le bois situé au Huileux et quelques rentes d'état (bons du Trésor) furent attribués au bureau de bienfaisance de la commune. (Journal Officiel du 22/9/1909 en ligne sur Gallica)


La loi prévoyait la création, au niveau communal, d'associations cultuelles de fidèles, pour subvenir aux frais, à l'entretien et à l'exercice public du culte. À ces associations devaient être confiés les bâtiments destinés au culte appartenant à la Nation et la part des biens des fabriques relative à l'exercice du culte. L'Église catholique refusa de créer les associations cultuelles telles que prévues dans la loi de 1905. Il fallut attendre 1924 et l'accord sur les associations diocésaines pour débloquer la situation.


 


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