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Qui était cet officier prussien enterré à Lalobbe en 1814 ?

Dernière mise à jour : 22 mars


Une petite note dans un registre d’état civil a attiré mon attention, elle était ainsi rédigée :

 

« Le 17 mars 1814, il a été enteré à Lalobbe un soldat ennemi, soidisant le fils d’un prince, qui a été tué dans le bois de Château de Grandchamp par les garde national de Wagnon et autres endroits, le meme jour il a été pris en charge par la garde nationale de Lalobbe et ..... gendarmes  un officier ............a eté conduit a Mezieres / Le 5e decembre 1816 est venu un officier prussien et un chirurgien faire de terrer les os et les on fait porté à Launois pour etre renvoyé en Prusse chez la famille. Ils ont été porté par Bauchar  dans une hotte."

 


 

Après quelques recherches, j’ai retrouvé la tombe de ce soldat au cimetière des Invalides à Berlin. Sur le site de la tombe d'honneur, restaurée et réaménagée, se dresse une grande croix funéraire visible de loin avec ses dates de vie.


Inscriptions sur la croix


Friedrich Friesen,

Lieutenant et adjudant dans l'ancien corps franc de Lützow,

né le 25 septembre 1784 à Magdebourg, décédé le 16 mars 1814,

à

La Lobbe

en France



Qui était ce Friedrich Friesen ?


Ce n'était pas un prince comme le rapporte la note dans le registre d'état civil de Lalobbe mais le fils d'un comptable de Magdebourg (ville allemande sur les rives de l'Elbe).


Éducateur allemand spécialisé dans la gymnastique ; il a d'abord travaillé comme cartographe, puis comme pédagogue et dans ce cadre enseignait la gymnastique. Avec Wilhelm Harnisch et le "père de la gymnastique" Friedrich Ludwig Jahn, il s'est engagé pour une libre expression intellectuelle et une éducation gymnastique des élèves selon la devise : "un esprit sain dans un corps sain".


En 1808, il fonda un club d'escrime en tant que maître d'armes et en 1811, avec Palm, il créa le premier établissement de natation allemand sur la Spree. La même année, il fut le premier gymnaste sur le premier "terrain de gymnastique" allemand. Plusieurs rues et clubs sportifs à Berlin et ailleurs portent le nom de Friesen en son honneur.


En tant qu'officier et adjudant, il faisait partie des membres les plus célèbres du Corps franc de Lützow, qui combattirent lors des guerres de libération contre Napoléon. Après la défaite de la coalition russo-prussienne pour conquérir Reims, il est fait prisonnier à Lalobbe et tué .


Physiquement, comment était-il ?

Un ami proche de Friesen, Wilhelm Harnisch (né en 1787, mort en 1864), écrivit en 1816 :


[...] Friedrich Friesen était de taille moyenne, bien bâti, avec des yeux bleus et des cheveux blonds lisses, [...] son visage exprimait douceur et grâce, force et dignité. Sa démarche et tous ses mouvements corporels étaient expressifs et agréables. [...]



Un monument à sa mémoire a été érigé à Magdebourg, sa ville natale.


Sur un des bas-reliefs est représentée la scène de la mort de Friesen dans la forêt de Lalobbe.


Au premier plan, Friesen[1] est entouré de paysans armés[2] de la Garde nationale. Ces derniers veulent manifestement le capturer pour l'escorter jusqu'au maire[3] du village voisin. Derrière Friesen, on aperçoit son cheval affaibli[4]. Caché à l'arrière-plan, un berger[5] tient une mousquette, prêt à abattre Friesen par derrière.


 

Circonstances du décès de Friedrich Friesen et rapatriement de son corps en Allemagne


Les circonstances exactes de la mort de Friesen sont décrites dans la littérature avec quelques variations mineures. Les récits de cet événement proviennent d'un témoignage du baron August von Vietinghoff, ancien membre du Corps franc de Lützow, qui découvrit les restes de son ami en 1816. Vietinghoff servait comme officier des troupes d'occupation dans les Ardennes en 1815/1816. Il avait appris la mort tragique de son ami quelques semaines après l'événement présumé. Il entreprit alors les premières tentatives pour retrouver le corps de son ami et le ramener chez lui. Les deux amis s'étaient promis de ramener l'autre dans leur patrie en cas de décès.


Les recherches de Vietinghoff furent couronnées de succès, car l'un de ses subordonnés reçut d'un habitant, un sceau des Lützowers. Le Français rapporta que le propriétaire du sceau était un officier prussien enterré à Lalobbe. Vietinghoff reconnut le sceau comme étant celui de Friesen, grâce à une encoche que celui-ci avait faite pour marquer son cachet. Il rechercha immédiatement le maire de Lalobbe qui put lui fournir un récit détaillé de l'incident.


Le maire confirma que Friesen avait été capturé par des paysans armés de la Garde nationale, dans la forêt du Huileux, près de Lalobbe alors qu'ils tentaient de l'escorter jusqu'au maire du village voisin. Un berger, armé d'un mousquet, se tenant caché, tira sur Friesen par derrière, le tuant le 15 mars 1814.

Les paysans impliqués furent interrogés et l'homme qui avait abattu Friesen fut arrêté, mais réussit à s'échapper. Vietinghoff fit ouvrir des tombes dans le cimetière et malgré la décomposition, put identifier sans doute aucun les restes de Friesen grâce aux caractéristiques distinctives du crâne et des dents.


Dans le livre du Dr. Carl Euler intitulé « Friedrich Friesen », publié en 1899, on peut lire :


"L'après-midi du 15 mars, vers 16 heures, alors qu'il était resté en arrière, Friesen arriva dans le bois de Huilleux, situé à environ un quart d'heure du village de La Lobbe dans le département des Ardennes. Là, il rencontra deux paysans qui coupaient du bois de chauffage. Il leur demanda de l'accompagner au village voisin pour rencontrer le maire, et ils acceptèrent. Alors qu'ils étaient sur le point de sortir de la forêt, ils croisèrent un groupe de paysans armés de fusils et de haches, une patrouille de la levée en masse(gardes nationaux) convoquée par Napoléon. En voyant l'officier ennemi, ils exigèrent bruyamment que ses accompagnateurs le leur livrent, ce que ces derniers refusèrent obstinément. Une altercation s'ensuivit et, alors que Friesen se défendait vaillamment, l'un des paysans, un berger nommé Brodio(*) de la ferme La Puisieux, lui tira dessus. La balle traversa la poitrine gauche, le cœur et l'omoplate gauche. Sans un mot ni une plainte, Friesen s'effondra, mort. Les meurtriers dépouillèrent le corps de tout ce qu'il possédait et le laissèrent nu. Les deux paysans de La Lobbe informèrent immédiatement leur maire, un certain Deslyon, de ce qui s'était passé. Celui-ci se rendit rapidement sur les lieux. Impressionné par la stature imposante et les traits nobles du défunt, il pensa qu'il devait être un officier prussien de haut rang. Il ordonna que le corps soit transporté au village, mis en bière et enterré le 17 mars à 10 heures du matin dans le cimetière local, avec toutes les cérémonies d'usage, selon le rite catholique avec chants".

(*) Peut-être Brodier famille présente à Grandchamp à cette époque


Le 5 décembre 1816, Vietinghoff exhuma les restes de Friesen en présence d'un médecin et les transporta dans un cercueil à Launois, pour organiser plus tard leur transfert à Berlin et leur inhumation. Vietinghoff écrivit à un ami, le major Helmenstreit, un ancien Lützower :


"[...] Ma joie et ma douleur de posséder désormais ces précieux et magnifiques restes sont immenses et égales [...] Les mots me manquent pour exprimer pleinement les sentiments qui m'envahissent à la pensée de savoir les ossements de mon ami, dont le souvenir ne s'effacera jamais de mon âme, dans ma chambre."


Suite à de nombreux troubles politiques, les funérailles publiques de Friesen furent hors de question pendant de nombreuses années. Vietinghoff garda la dépouille de son ami en sécurité dans sa maison jusqu'en 1843, soit environ 29 ans. Alors qu'il poursuivait son service en tant qu'officier prussien, il changea plusieurs fois de lieu, toujours avec son ami dans une valise-cercueil avec lui. Le successeur de Guillaume III, le roi Friedrich Wilhelm IV , autorisa finalement que Friesen soit enterré le 15 mars 1843, au cimetière des invalides de Berlin.


 


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