Vente de la Seigneurie de Lalobbe à Christophe François de Launoy (1673)
- catherinepaulus
- 14 mars
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Dernière mise à jour : 22 mars


En 1665, Robert et Françoise Angélique Thérèse, frère et soeur, enfants des défunts Louis Du Guet et Jeanne (ou Anne) Du Guet sont orphelins.
La mise sous tutelle des enfants mineurs est prononcée par le baillage de Ste Menehould et Damoiselle Françoise Angélique Duguet, dame d'Erville, leur tante est désignée comme tutrice.
Pour en savoir plus sur la famille du Guet, voir Gallica Bnf

Le 16 avril 1673, Françoise Angélique Du Guet, réunit un "conseil de famille" qui l’autorise à vendre les terres et seigneurie de Lalobbe afin de régler le passif de la succession et conserver aux enfants mineurs les biens qu’ils possédaient à Inaumont mais qui ne permettaient pas de régler la totalité des dettes.
En juin 1673, la seigneurie de Lalobbe est donc vendue à Christophe François de Launoy chevalier, seigneur de Wagnon, Launois Clavy, Mesmont, Novion et Provisy et à son épouse Philippine d'Estocquoy.
Extraits de la vente de la seigneurie Notaire Me Hachette (cote E1453 AD08)
Acquisision par Mr de Wagnon contre Dmlle Françoise Angelique Duguet Comparut en personne Damlle Francoise Angelique du Guet Dame d'Erville demt à Lalobbe au nom et comme tutrisse des enffans mineurs de deffunct Louis du Guet escuier et Damlle Jeanne du Guet sa femme, vivants seigneur et dame dudit Lalobbe et d'Inaumont en partie. Laquelle damlle d'Erville audit nom a recongnut de son bon gré et sans force ny contrainct et de l’advis des siens parans(parents) desdits mineurs, expedié en la Justice de Lalobbe le septiesme avril dernier soub(sous) l'authorité de la justice dudict lieu et sur ce ouï(entendu). Le notaire d’office avoit vendu, ceddé, quitté et transporté et par ces présentes vand cedde quitte et transporte en tous droitz de fond et proprietté, dès maintenent et pour tousjour à Messire Christophe Francois de Launoy chevallier seigneur de Vuagnon, Launoy, Clavy, Mesmont, Novion et Provisy et à Dame Philippe d'Estocquoy, son espouze demt audit Vuagnon à ce present achepteur, ce acceptant en personne pour eulx, leurs successeurs et ayant cause tous les droits parts et portions que peuvent competer et appartenir ausdict mineurs en la terre et seigneurie dudict Lalobbe. Savoir vingt trois parts, les vingt huit faisant le tout, des droits seigneuriaux de justice hault moienne et basse, droit de cens, bourgoisie, lodz et vente, rouage, afforage, amande et confiscation, pareille droit et sur le mesme pied au moulin banal, chasse et pesche (*) dudit lieu ainsy que les autheurs desdictz mineurs en ont tousjours jouis et generallement tous autres droits exprimés ou non exprimés quyl(s) peuvent appartenir auxdicts mineurs en la dite terre et seigneurie dudict Lalobbe. Mesme le fief de la Motte et maison feodalle dudict lieu proche le Moulin(1), ces accises(2), mouvances(3) et deppendances(4), droit de poulle et autres droitz appartenant auxdict mineurs sauf à l exclusion des autres seigneurs à prandre sur certains heritages et maison situés audict lieu et terroir de Lalobbe [...]
(1) Maison féodale : Batîment le plus anciende l'actuel château, il daterait du 16ème siècle
(2) Assises(accises) : Étendue de pays soumise à une imposition au bénéfice du seigneur ou Impôt, taxe sur les marchandises
(3) Mouvance : Fief dépendant d'un fief plus important.
(4) Dépendances : Terres qui dépendent d'un domaine

La presente vendition faict moyennant le prix et somme de dix huit mil livres au marché principal et cens livres pour l'espingle(4) desdits mineurs. Sur laquelle somme de dix huict mil livres lesdits Seigneurs et Dame acquereurs ont payé à plusieurs creanciers jusqu'à la somme de treize mil deux cent soixante et douze livres ainssy quil sera dit cy apres [... ]
(4) Epingle : Dons et gratifications que l’on ajoutait au prix d’un marché.
Il est intéressant de noter qu'en 1815 sur le cadastre napoléonien, un lieu-dit, "La Garenne Derville" au bord la Vaux entre le Laid Trou et la Sauge Aux Bois portait encore le nom de cette Dame d'Erville.

Le nouveau propriétaire Christophe François de Launoy ne réside pas à Lalobbe ; au mois de décembre 1673, il signe un bail de six ans à Jean Cornet, laboureur à Lalobbe qui devient receveur de la seigneurie(*). Jean Cornet bénéficie des droits seigneuriaux et peut percevoir les droits de mutation. Toutefois des conditions sont précisées concernant d'éventuelles ventes par Mr de Sery, seigneur de Lalobbe en partie ou par d'autres seigneurs.
(*) Receveur de la seigneurie : Ce "titre" est donné à un riche laboureur qui, par bail, loue les terres seigneuriales et les bâtiments au seigneur des lieux. Il jouit des terres, des bâtiments, et d'une partie des droits attachés au domaine (généralement tous sauf le droit de justice,de chasse et pêche). Il perçoit la totalité des revenus issus de l'exploitation des terres sauf le montant du bail fixé par le seigneur.
Ce bail concerne la maison forte de Lalobbe, les terres, prés et bois, à l'exception d'une chambre que le seigneur se réserve dans la maison forte et des fossés entourant la demeure où il prévoit de mettre des poissons pour son usage. Le montant du bail est payable en deux fois à raison de 60 livres par an.
Extrait du bail Minutes Notaire Me Hachette (E1453 AD08)

Jean Cornet, décède le 3 septembre 1686 âgé de 62 ans. Dans son acte de décès, il est nommé comme "receveur de la terre et seigneurie dudit Lalobbe, confrère du St Rosaire establie en la chappelle de l'esglise dudit lieu". Son premier bail de six ans lui avait donc été renouvelé.
Dans les registres paroissiaux de Lalobbe, plusieurs de Launoy portent le titre de seigneur ou dame de Lalobbe :
Antoinette de Launoy, de Vuagnon et de Lalobbe marraine d'un enfant né en 1699
Louis (ou Jean Louis) de Launoy, chevalier et capitaine d'une compagnie de cavaliers décédé à Lalobbe le 17 février 1712 à l'âge de 28 ans.
Messire Charles de Launoy seigneur de Launois et de Lalobbe , parrain d'un enfant né dans la paroisse en 1703.
Sont également seigneurs de Lalobbe à la même époque :
Michel Canel, écuyer seigneur de Sery et de Lalobbe, décédé en le 16 mars 1702 à quatre heures du matin et inhumé au côté droit de l'autel de la chapelle du St Rosaire de l'église de Lalobbe.
Henry de Canelle seigneur en partie de Lalobbe en 1699, fils de Michel
[1] Justice : La justice seigneuriale faisait partie intégrante de la seigneurie car c'est par elle que s'exerçait le pouvoir seigneurial. Propriétaire terrien, le seigneur dirigeait la communauté et exerçait la justice au dernier échelon après les bailliages et les sénéchaussées. Hiérarchisées, les justices seigneuriales avaient trois degrés dont les pouvoirs étaient plus ou moins étendus, à savoir la haute, la moyenne et la basse justice mais toutes dépendaient du roi qui seul pouvait en concéder de nouvelles. Droit de cens : Dans le système féodal, le cens était un impôt que le vassal devait payer à son seigneur en raison d'un bien que celui-ci lui avait remis pour y travailler et vivre. En contrepartie, le seigneur assurait protection à la terre et aux biens. Le cens pouvait être dû sur de multiples biens : terre, maison urbaine, moulin... Le cens était fixé une fois pour toutes et ne pouvait être modifié, il était payable en nature mais pouvait être converti en monnaie. Droit de bourgeoisie : Droit que le seigneur perçoit sur les habitants du bourg placé sous sa dépendance, redevance due par les bourgeois d'un lieu. En savoir plus voir en ligne sur Gallica BNF Droits de lods et vente : Ce sont les droits de mutation payés par l'acheteur (lods) et le vendeur (vente) perçus par le seigneur lors de la vente ou de l'échange d'une terre roturière(terre non noble) par un censitaire (celui qui était assujetti au paiement du cens à un seigneur) Droit de rouage : Droit seigneurial qui se prend sur le vin vendu en gros pour être transporté hors de la seigneurie par charrois Droit d'afforage : Redevance perçue par le seigneur contre l'autorisation de vendre des boissons alcoolisées dans l'étendue de la seigneurie Droit d'amende : Peine pécuniaire dûe lorsque le cens n'est pas payé en temps voulu. Droit de confiscation : la confiscation des biens est toujours prononcée en cas de condamnation à mort, aux galères perpétuelles ou au bannissement perpétuel. Le Seigneur devient alors propriétaire des biens du condamné, à l'exception d'1/3 que l'on adjuge à la veuve et aux enfants de celui-ci Droit de Chasse : le droit exclusif de la chasse appartient au Seigneur Haut Justicier, qui a seul le droit de la défendre ou de l'autoriser dans l'intérieur de sa juridiction Droit de Pêche : il appartenait, comme le droit de chasse, au Seigneur Haut Justicier, mais il était l'objet d'autorisations générales d'usage courant, et que n'interdisait aucune Ordonnance. De plus, c'était un droit utile qui, à la différence de la chasse, pouvait s'affermer au premier venu. Droit de poule : Redevance payée au seigneur en poules
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