La Forge du Hurtault en 1649 : Un Voyage dans le Temps
- catherinepaulus
- 1 août
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L’an mil six cent quarante-neuf, le septième jour de janvier, le sieur Pierre Bretaigne, licencié ès lois, avocat en parlement et bailli de Signy, s’est transporté au Hurteau, accompagné de maître Daniel Bouillau, procureur fiscal, et de François Dubut, son greffier.
À la requête dudit procureur, agissant pour Monseigneur l’abbé de Signy, il a été procédé à la visite des bâtiments, forges et fourneau dudit Hurteau, propriété de l'abbaye.
L’objectif ? Transmettre la gestion de ces installations à deux nouveaux responsables, Jean Halma et Jean Vigouar, fermiers généraux du revenu temporel(*) de l'abbaye de Signy pour une durée de 6 ans ( (du 1er janvier 1649 au 31 décembre 1654).
(*) Un fermier général du revenu temporel d'une abbaye est un gestionnaire qui loue, moyennant une somme fixe payée d'avance, l'ensemble des biens fonciers et des droits économiques d'un monastère. Il administre les terres, les fermes, les forêts, les moulins, les forges (dont le Hurtault) appartenant à l'abbaye de Signy. Il sous-loue ensuite les parcelles aux paysans et perçoit les loyers. Il lève les impôts (dîmes), les cens et les redevances seigneuriales dues par les paysans et perçoit les profits des terres et des forges attachées au domaine monastique, dégageant ainsi (en principe!) un bénéfice personnel par rapport au prix payé à l'abbaye.
L'inventaire est fait en présence du facteur de la forge(*) Jean Denoyville et d'experts désignés, charpentier, couvreur, souffletier(*).
(*) On entend, par Facteur de Forge, le directeur de fabrication. Il devait connaître tous les secrets du métier, faire parfois des achats de bois, comme aussi tenir une rudimentaire comptabilité. On peut voir en lui l'homme de confiance du Maître de Forges.
Souffletier : Ouvrier spécialisé dans la construction et l'entretien du soufflet des forges ou des hauts fourneaux
Imaginez un lieu bruyant, enfumé, où le feu crépite sans cesse et où des hommes manient des outils imposants pour transformer le minerai de fer en objets utiles. Bienvenue à la forge et au fourneau du Hurtault, un site industriel créé au XVIᵉ siècle, proche de Lalobbe mais dépendant de l'Abbaye de Signy. En janvier 1649, la visite détaillée a été menée pour dresser l’inventaire des bâtiments, des outils et des réparations nécessaires. Voici ce que l’on y découvrait.
🏭 Un site industriel complet
La forge du Hurtault n’est pas un simple atelier, mais un vrai complexe métallurgique, organisé en plusieurs zones :
Les halles : Espaces de stockage pour le charbon de bois et la mine (minerai)
Le fourneau : Lieu où l’on fait fondre le minerai de fer pour obtenir de la fonte sous forme de grands" lingots" appelées gueuses. Il dispose de ses propres soufflets et outils.
Deux affineries : Une affinerie de forge est un atelier où on purifie la fonte brute pour la transformer en fer malléable ou en acier (mais principalement en fer au 17ème siècle).
Chauffage : On utilise du charbon de bois pour chauffer la masse de métal
Purification : Le feu réduit la quantité de carbone contenue dans la fonte en la brûlant au contact de l'oxygène.
Transformation : La matière cassante devient du fer doux (ou de l'acier) qui peut ensuite être travaillé.
On obtient ainsi une masse de fer : la loupe de fer.
La forge : Cette loupe est épurée par martelage et va s’allonger sous les coups du marteau pour être transformée en barres qui seront soit vendues soit utilisées pour la fabrication de divers produits finis. C'est le cœur de l’activité, la forge est équipée d'une enclume, d’un énorme marteau de 400 livres (environ 200 kg !) et de soufflets pour attiser le feu.
Voici les étapes et rôles précis de la forge juste après l'affinerie :
1. Le cinglage de la loupe (le gros marteau)
En sortant du feu d'affinerie, le fer purifié se présente sous la forme d'une masse spongieuse brûlante et gorgée de scories (déchets), appelée la loupe ou le "renard".
La loupe est immédiatement transportée sous l'énorme marteau hydraulique (le gros pilon). Les coups violents du marteau essorent le métal pour en expulser les scories liquides restantes et compacter les molécules de fer. C'est le cinglage.
2. L'étirage et le parage (le martinet)
Une fois la masse de fer solidifiée et nettoyée, elle doit être transformée en un produit semi-fini utilisable par les artisans. Le bloc de fer est replacé dans un feu de chaufferie pour être ramolli, puis travaillé sous un marteau plus rapide et plus léger, le martinet. Les ouvriers étirent le bloc pour le transformer en de longues barres de fer carrées ou plates, prêtes à être vendues aux marchands ou aux ateliers locaux.

Les granges et écuries : Pour abriter les animaux nécessaires au transport du minerai, du charbon de bois, des produits finis, mai aussi pour entreposer le matériel agricole et les récoltes, car le Hurtault c'est également une cense (une ferme).
Les logements : Une grande maison avec cuisine, chambres et greniers pour les maîtres de forge, les facteurs ou commis de forge et leurs familles.
🔨 Des outils impressionnants
Les forgerons du Hurtault disposaient d’un arsenal d’outils spécialisés :
Des tenailles (pas moins de 19 paires !) pour manipuler le métal brûlant.
Des ringards (sortes de barres en fer) pour remuer le métal en fusion.
Des marteaux, des pelles, des crochets pour travailler le fer et entretenir le fourneau.
Des soufflets (indispensables pour alimenter le feu en air).
Une balance et des poids pour peser le métal.

🏚️ Des bâtiments en mauvais état
Le procès-verbal révèle que beaucoup de choses sont à réparer :
Les toits : Plusieurs bâtiments (fourneau, grande maison, granges) ont des toitures trouées ou à refaire entièrement.
Les portes et fenêtres : Aucune serrure ni vitre n’est en place dans les logements et granges. Certaines portes ont même disparu !
Les cheminées : Celle de la forge est si abîmée qu’elle doit être reconstruite (on le sait depuis 2 ans !).
Les structures en bois : Solives, poutres et chevrons manquent ou sont abîmés dans les écuries, les halles et les granges.
🛠️ Les réparations urgentes
Pour que la forge puisse continuer à fonctionner, il faut :
✅ Remplacer les soufflets usés (en cuir et en bois).
✅ Refaire les toits en ardoise ou en chaume.
✅ Ajouter des serrures et des vitres pour sécuriser les logements.
✅ Renforcer les murs et les planchers avec des poutres et des planches
✅ Réparer les cheminées pour éviter les risques d’incendie.
Si vous voulez plus de détail, télécharger et découvrer le texte original transcrit avec l'orthographe de l'époque et un petit lexique pour une meilleure compréhension.
Procès verbal de visite du Hurtault



