Le règne de Guy de Sery, 3ème du nom, seigneur de Sery et de Lalobbe
- catherinepaulus
- 25 janv.
- 12 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 mars

Plusieurs textes tirés du cartulaire de l'Abbaye de Signy témoignent des conflits entre l'Abbaye et les habitants de Lalobbe soutenus par leur seigneur Guy 3 de Sery.
Ainsi en 1235, après un procès, la communauté de Lalobbe avait été excommuniée pour avoir volé des animaux appartenant à l'Église de Signy et pour avoir injurié les religieux de l'abbaye.
L'excommunication était une sanction sévère qui excluait les individus de la communauté chrétienne. La réparation impliquait des serments et des cautions pour garantir la réparation des dommages, des actes de pénitence et de soumission, comme se présenter pieds nus et tenir des verges, symboles de repentance,.

Après avoir obtenu l'absolution de Reims, la communauté de Lalobbe dut faire amende honorable en présence de Jean, doyen de Mesmont, devant le couvent de Signy et réparer les torts causés. Pieds nus et tenant des verges à la main, ils reçurent la discipline(*) et jurèrent qu'ils ne causeraient plus de dommages ni de violences à l'Église, sauf pour se défendre ou défendre leur seigneur. Ils se soumirent également à la volonté de l'abbé de Signy en matière de dommages et de dépenses et Pierre li Moniers(le meunier) et Poncardus, le doyen, étant caution pour eux.
Le curé de Lalobbe ordonna à toutes les femmes et filles qui avaient crié et assisté aux violences, de jeûner au pain et à l'eau le samedi précédant le dimanche des Rameaux en guise de pénitence.
(*) Discipline : Instrument de flagellation, fouet fait de cordelettes ou de petites chaînes dont les religieux et aussi les personnes laïques se servent pour se mortifier ou pour châtier ceux qui sont sous leur conduite.

Guiot, en tant que "domicellus" (jeune noble ou écuyer), seigneur de Sery et de Lalobe fut impliqué dans les événements violents contre l'Église de Signy, ayant utilisé son autorité et son aide pour commettre ces actes. Cependant, il fit ensuite amende honorable de manière volontaire et libre, en se présentant aux pieds de l'abbé de Signy, "les genoux fléchis", pour réparer les injures causées. Il désigna également des garants pour les dommages et les dépenses, montrant ainsi sa volonté de réparer les torts causés.
Ce passage nous renseigne sur le rôle des jeunes nobles dans la société médiévale, souvent impliqués dans des conflits locaux mais aussi tenus responsables de leurs actions et devant faire amende honorable pour maintenir la paix et l'ordre dans la communauté.
Le document permet de comprendre les mécanismes de résolution des conflits au Moyen Âge, ainsi que les relations entre les communautés locales, les nobles, et les institutions religieuses. Il montre l'importance des serments, des pénitences, et des cautions dans la gestion des conflits et la restauration de la paix.
Traduction du texte rédigé en latin
Un autre texte de 1235 concerne un désaccord entre Gui 3 et l'Abbaye de Signy au sujet des droits de pâture, de coupe de bois et de culture de la terre au-delà des fossés de l'église de Signy.
L'arbitrage fait appel à des personnalités respectées comme maître Raoul de Saint-Nicaise et le seigneur Jacques de Hauteville, c'était une méthode courante de résolution des conflits au Moyen Âge, permettant d'éviter des conflits armés.
L'arbitrage est rendu et confirme les droits de l'Abbaye de Signy sur les terres au-delà des fossés, excluant Gui 3 et la communauté de Lalobbe de tout droit de pâture, de coupe de bois ou de culture. Toutefois, des exceptions sont faites pour les "bourgeois"(les habitants du bourg) de Lalobbe possédant déjà des terres au-delà des fossés
Gui 3 et son épouse Cécile s'engagent solennellement à respecter l'arbitrage et à ne pas contester les décisions prises. Cet engagement est renforcé par la remise des lettres patentes munies de sceaux, symboles de l'autorité et de l'authenticité.

Le texte nous apprend également que le chevalier Guillaume de Jandun avait des droits sur le village de Lalobbe où il percevait 40 poules, droit qu'il échange avec l'Abbaye de Signy contre une redevance d'un demi muid(*) de blé qu'il devait à l'Abbaye.
Au Moyen Age, les poules et les œufs faisaient partie des redevances habituelles des paysans. Le paiement de la redevance en poules à l'automne ou pendant le carnaval servait surtout à reconnaître et à renforcer les rapports juridiques entre paysans et seigneurs fonciers. Les poules, comme tous les autres animaux domestiques, étaient alors de petite taille
(*)Muid (modius) : mesure de capacité servant surtout pour le blé (boisseau)
Ce conflit illustre les tensions entre les seigneurs laïcs et les institutions ecclésiastiques au Moyen Âge, souvent liées aux droits d'usage des terres. Le texte ci-dessous nous donne un aperçu de la manière dont les conflits entre seigneurs laïcs et institutions religieuses étaient résolus au XIIIe siècle, mettant en lumière les mécanismes juridiques et les enjeux économiques de l'époque.
Traduction du texte en latin
En juin 1236, Guy 3 et son épouse Cécile accordent une charte de franchise à la vieille ville de Sery. D'une manière générale, les chartes de franchises accordées aux villages du Porcien amélioraient la condition des habitants, en limitant et fixant d'une manière précise les droits seigneuriaux.
En août 1237, Guy de Sery approuve les dons faits à l’Abbaye de St Martin de Laon par son père et sa mère Guy de Sery et en 1181 à savoir l'église de Lalobbe avec tous les droits qui s’y rattachaient, ainsi que des droits de pâturage aux frères de l'église et à leurs troupeaux.
Traduction d'extrait du texte rédigé en latin
Vers 1240-1241, Guy 3 avait fait son testament (voir publication"le testament de Guy et Cécile". Son authenticité est vérifiée au mois de mars 1241 après le décès de Guy 3.
Le testament est décrit comme non aboli, non annulé, ni vicié en aucune de ses parties, et scellé du propre sceau de Guy et de celui de dame Cécile, son épouse. L'authenticité et la validité de ce testament sont renforcées par le sceau de la métropole de Reims. La mention de la date précise (le vendredi avant le dimanche de la Reminiscere(*) de l'année 1241) et la présence des officiels de Reims (Maître Drogo de Hauteville et Jean de Péronne) renforcent la crédibilité et la formalité du document.
(*) Réminiscere : Deuxième dimanche du Carême, (Pâques était fêté le 12 avril 1241), l'acte est donc daté du 6 mars 1241. Calcul fait à l'aide de Mistral AI https://mistral.ai/fr/
Traduction du texte rédigé en latin
NB : Documentation : Cartulaires de l'Abbaye de Signy cote H205 aux AD08 cartulaires de St Martin de Laon cote H873 aux AD02, en ligne sur le site https://arca.irht.cnrs.fr/ Traduction réalisée avec l'aide de Mistral AI https://mistral.ai/fr. Ouvrage "Documents relatifs au comté de Porcien : 1134-1464 publiés par ordre de S. A. S. le prince Louis II " (fichier PDF aimablement communiqué par l'Association de Sauvegarde du Patrimoine de Chaumont-Porcien)
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