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Le moulin à couleurs

Pour faire face aux premières minoteries industrielles, la reconversion d’un moulin à farine en moulin à couleur était courante à la fin du 19ème siècle, car les mécanismes de broyage étaient similaires.


Le département est encore en 1840 le second de France pour la production du minerai de fer et de fonte juste derrière la Haute Marne. En 1857, 250 000 tonnes de minerai sont extraites. La métallurgie est alors florissante. Mais suite à l'ouverture de gisements de fer en Lorraine, l'extraction cesse dans les Ardennes en 1886.


Toutefois ce minerai dont l'extraction est facile va être utilisé pour la fabrication des pigments naturels. En effet, la terre qui enrobe les grains d’oxyde de fer est une terre colorante (terre de Sienne des Ardennes, nommée ainsi car de la même couleur que la terre italienne)

Des "entrepreneurs" saisissent alors l'opportunité et vont alors créer une nouvelle activité : fabriquer des couleurs en poudre en écrasant dans les meules de pierre de leurs moulins des minéraux locaux : terres de sienne, grains d’oxyde de fer calcinés brun foncé, argiles ferrugineuses, ardoises .....


Ils apprennent le métier et rapidement importent des matières premières pour élargir leur palette de couleurs : la terre brune de Cassel en Allemagne, les terres d’ombre du centre de la France, le noir minéral d’Italie, du minerai d’Inde, d’Algérie, de la serpentine, (terre de couleur verte) etc…


Au tout début du 20ème siècle, le département compta jusqu’à quatorze fabriques : Prix(3), Poix(2), Launois, Raillicourt, Montigny-sur-Vence, Haudrecy, Lonny, Vaux-Montreuil, Ecordal, Lalobbe, Elan.



1885 , le moulin de Lalobbe devient moulin à couleurs


Léopold Hubaille et son épouse veulent fabriquer des couleurs et prennent à bail le moulin de Lalobbe. Le propriétaire, Césaire Deslyons participe aux transformations nécessaires et s'engage à hauteur de 1100 francs maximum, les intérêts de cette somme devant être payés par ses locataires.


Il est ainsi prévu le remplacement de la roue hydraulique, de son axe et de l’ensemble des vannes. En revanche, les éléments mécaniques fondamentaux — l’arbre vertical, les engrenages, le beffroi, les meules, la bluterie à froid et la colonne de nettoyage — seront préservés, permettant une éventuelle reprise ultérieure de l’activité meunière.

Extrait du bail AD08 cote 3E35 241

[...) M et Madame Hubaille ayant l'intention de fabriquer des couleur, auront le droit de faire au moulin les changements & transformations nécessaires pour ce genre d'industrie à charge par eux lors de leur sortie de rendre ledit moulin en nature de moulin à farine & dans le même état que celui qui sera constaté en l'état des lieux dont il vient d'être parlé.

Les frais occasionnés par ces changements et transformations seront à la charge de M Des Lyons mais seulement jusqu'à concurrence de mille à onze cent francs, le surplus s'il y en a, et à tel chiffre qu'il puisse s'élever, devant être acquitté par les preneurs, sans aucune diminution de la redevance ci-après :

Les preneurs devront tenir compte à M. Deslyons des intérêts à cinq pour cent par an des sommes par lui payées & qui courent du jour des paiements faits par M. Deslyons.

Il demeure bien entendu que les époux Dubaille devront faire leur affaire personnelle des dommages & intérêts que pourraient réclamer les voisins par suite de leur exploitation.[...]



Le courrier des Ardennes 12/10/1886
Le courrier des Ardennes 12/10/1886

En 1886, des annonces paraissent dans la presse annonçant la mise en location du moulin à couleurs, (le meunier ne convient pas ... ?)


Apparemment, aucun amateur ne se propose et Léopold Hubaille figure en tant qu'exploitant du moulin dans l'annuaire administratif des Ardennes de 1886 à1891.


Le 1er décembre 1893, Léopold Hubaille décède, il est alors, fermier domicilié à Warcq.







L'activité continue puisqu'en 1894, Mr Deslyons est inscrit à la Chambre de Commerce du Nord en tant que fabricant de couleurs et figure dans les annuaires administratifs des Ardennes en 1895 et 1896.


Journaux sur le site Retronews en ligne
Journaux sur le site Retronews en ligne

Mais l'activité s'arrête en 1897 et le stock, 30 tonnes de couleurs variées, est mis en vente par adjudication. Aucun acte de vente n'a été retrouvé dans le répertoire du notaire de Wasigny (adjudication annulée, vente sous seing privé, autre notaire ???).

Les fabricants de couleurs de cette époque ont du certainement être intéressés par cet important stock.


Le Courrier des Ardennes 30/04/1897
Le Courrier des Ardennes 30/04/1897

Quelques éclaircissement sur ces couleurs

Brun velours clair : Mélange d’ocres et de noirs pour un effet velouté.

Brun pistache : Mélange de pigments (ocre, terre verte)

Mexico : Un pigment rouge orangé ou ocre rouge, souvent extrait de minerais d’oxyde de fer.

Rouge de Prusse : Pigment brun rouge foncé à violacé, dérivé ou variante du bleu de Prusse (ferrocyanure de fer)

Minium de fer : Un rouge orangé vif, à base d’oxyde de plomb (minium) ou d’oxyde de fer.

Brun annamite : Un brun chaud et terreux, inspiré des pigments naturels d’Indochine (Le terme "Annamite" fait référence à la région d’Annam, où l’on extrayait des ocres et des terres colorées).

Jaune bistre : Le bistre était traditionnellement fabriqué à partir de suie de bois de hêtre.

Terre d'ombre naturelle : Un brun grisâtre ou verdâtre, extrait de sols riches en oxydes de fer et de manganèse.

Terre de Sienne : Brun orangé chaud, issu de terres ferrugineuses. mélange de pigment d'oxyde de fer, manganèse et d'argile.



De cette époque, il ne subsiste plus qu’un seul moulin à couleurs dans les Ardennes : celui d’Écordal, fondé en 1866. Le nom commercial « Ets Boizet-Mayot », issu du nom des fondateurs, devient en 1992 la SARL Le Moulin à Couleurs.


Aujourd’hui, c'est de la dernière entreprise de France à transformer les terres colorantes, (des terres argileuses comportant de l’oxyde de fer), qui donne le pouvoir colorant.


 
 
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