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Le moulin au Moyen Age

Dernière mise à jour : 16 janv.


Moulin médiéval, enluminure Psautier de Luttrell (1340). (British Library, Add MS 42130), f° 181r

Découvrez parmi les textes extraits des cartulaires des abbayes de Signy et de Laon, quelques traces de l'existence du moulin.



En 1205, Guy de Sery, un fils de Wiard, reconnaît solennellement les droits que les moines possèdent depuis longtemps déjà : chaque maison doit fournir à l’abbaye une part de son revenu tiré des prés, des récoltes.... Deux deniers par fauchée, un denier et deux poules par maison et même une part du blé provenant du moulin de Lalobbe.


[...] la terre de la Lobbe devoit auxd. religieux 2 deniers de cens pour chaque fauchée de pré au jour de St Martin de chaque année et pour les maisons etant dans la meme terre, il leur etoit du en reconnoissance de leur directe(*) un denier, deux parts de poulles pour chaque maison payable à la St Jean Baptiste et en outre il a encore reconnu devoir la moitié d'une mesure de froment et la moitié d'une mesure d'autre bled à prendre par chacun an sur les revenus des moutures de Lalobbe.


(*) leur directe : leur propriété seigneuriale sur la terre de Lalobbe

 

Moulin à eau, enluminure British Library/ AKG-images

En 1211, Guillaume de Jandun reconnaît les donations faites à l’Eglise de Signy par son père Guillaume, sa mère et son oncle Gossuin, chanoine de Laon. Notamment, il abandonne pour toujours, les droits qu’il avait dans les dîmes de Lalobbe ainsi qu’un setier de froment sur le moulin de Lalobbe déjà donné par son père pour la fabrication des hosties.(*)


[...]Que tous sachent que Guillaume de Jandun, chevalier, comparu en notre présence en jugement, a reconnu comme légitime l’aumône faite par son père Guillaume à l’église de Signy ; à savoir :[...] l’aumône d’un setier de froment près du moulin de Lalobbe, faite par son père Guillaume pour la fabrication des hosties [...]


(*) Les hosties étaient fabriquées à l'aide de sortes de grandes pinces en fonte de fer, donc très lourdes, rappelant les moules à gaufres (on les appelle parfois moules à hosties). Les bras peuvent atteindre 80 cm de long, alors que les plaques ou palettes (rectangulaires le plus souvent) que l'on presse l'une contre l'autre font environ 10 x 20 cm. L'une des plaques est gravée de scènes religieuses incluses dans le tracé circulaire des hosties, l'autre est lisse.


Fer à hosties du 13ème siècle (cf Les fers à hosties de Charente-Limousine - Les Amis de Chassenon)
Fer à hosties du 13ème siècle (cf Les fers à hosties de Charente-Limousine - Les Amis de Chassenon)


En 1289,  lors de la création d’une chapellenie(*) dans leur maison forte de Lalobbe (la partie la plus ancienne de l’actuel château), Arnould de Beaufort et son épouse Aalis de Lalobbe dotent le chapelain de terres et de prés ainsi que d’une rente de 18 septiers de blé concial et froment à prendre sur le moulin de Lalobbe. Ils prévoient que si le moulin venait à être endommagé par le feu, la tempête ou de manière quelconque, le chapelain serait indemnisé et qu’ils lui verseraient en numéraire la rente prévue en nature, et ce tant que le moulin ne pourrait plus produire.

Musée Philadelphie
Musée Philadelphie

(*) Une chapellenie est un bénéfice ecclésiastique (Titre, revenu accordé à une personne,  en échange d'un service spirituel)


[...] c'est à scavoir douze sestiers de blé concial(*) & sis sestiers de froment à penre , à avoir & à recevoir chascun an, à nostre dit molin de la Lobbe, puis la Saint Remy ou chief d'octembre(fin octobre)  en avant de , tel concial & froment comme il eschera au molin de moulture(*) à la mesure de Chastel en Porciens tant seulement [...] 


{...] Et est a scavoir que ce(si) lidis(ledit) nostre molins estoir amenris(amoindri, diminué) par feu ou par tempeste au cessast par quelconque maniere que ce fust, que ja n'aviegne (jamais n’advienne) par quoi(que) lis chapelains perpetues ou si successeurs ne peuissent joyr(jouir) des diswit(dix huit) sestiers de blei si comme il sont ci devant deviset(ci-dessus répartis), nous proumettons par nos fois(foi) a restaublir(compenser,restituer)  de nostre propre bource le diswit setier de bleit ci comme il sont ci devant(ci-dessus) denommet & de la value(valeur) que li tans(temps) courroit(courent) & rendre chacun an, aud. Chapelain de nous & de nos hoirs selon la defaute(défaillance) dou molin qui seroit apperte(apparent) & sommes tenut & nostre hoir a accomplir(combler, compléter) celi deffaute(défaillance) des diswit setiers, chacun an, tant comme(aussi longtemps que) defaute y averoit(arrive) dedans(au cours de) l'An.[...]


(*) Moulture ou mouture : plusieurs sens, on retiendra celui de droit à acquitter pour faire moudre le blé au moulin banal 

(*) Concial ou Méteil : mélange de blé et de seigle ou bien d'avoine et de seigle




Bibliothèque de l'Université de Heidelberg
Bibliothèque de l'Université de Heidelberg

En 1305, dans son testament, Alix de Lalobbe Alix renonce à sa part seigneuriale issue du blutage (le tamisage de la farine) et la transmet aux chapelains pour assurer leurs revenus.


[...] Et pour le fondement dicele chapelerie, je doins, lais & establi aus chapelains qui i seront perpetueil chapelain & feront le service Dieu la quarte partie de mon fours; - de quoi je pars contre le bouletial & deus muis de concial a mon molin de la Lobe a penre(prendre) & a lever chascun an as termes ci apres nommeit des chapelains qui la chapelerie deserviront. C'est a savoir a la Toussains a Noel & a Pasques a chascun de ces termes quatre sestiers de concial, & ladite quarte partie dou four il penront & leveront selon ce que li fours le gaignera chascun an [...]


 Traduction en langage d'aujourd'hui :

« Pour doter cette chapellerie, je donne, lègue et attribue aux chapelains, qui seront chapelains perpétuels et y assureront le service divin, le quart de mon four (c’est-à-dire le quart des revenus provenant du four seigneurial). De cela, je me dessaisis au profit du bouletial(*), ainsi que de deux muids de blé concial, à prendre chaque année à mon moulin de La Lobbe, aux termes suivants : la Toussaint, Noël et Pâques, à raison de quatre setiers de blé concial à chaque terme. Et cette quatrième partie du four, ils la prendront et percevront selon ce que le four aura gagné chaque année. »


(*) bouletail ou bouleteil : tamis cylindrique de bure où tombe la mouture ne retenant que le son et laissant passer la farine.


 
 
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